[C11] Les Secrets de la Montagne

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[C11] Les Secrets de la Montagne

Message par Ndege le Dim 12 Jan 2014 - 16:41

« Bonne chance. » C’était les derniers mots qu’avaient entendu Kuoko avant de quitter Hopeland. Même si sa Lieutenante avait gardé son air sérieux, Kuoko n’ignorait pas le poids qu’elle devait sentir sur ses épaules. Après tout, elle lui avait confié le royaume, mais surtout son fils. D’ailleurs ce derniers allait pouvoir commencer a étrenner son rôle de Prince, ca la Reine comptait sur lui. La lionne n’était pas partie n’importe comment, elle avait choisi un moment où tout le royaume était en paix et savait de toute façon qu’elle avait des lions dignes de confiance sous la patte pour seconder son fils et le protéger en son absence. A commencer par la poignée de soldat qui, pour autant qu’elle s’en souvienne, s’étaient toujours retrouvés sur son chemin. Deux en particuliers. Aujourd’hui, ils n’étaient plus tous jeunes… Pourtant, ils avaient toujours semblé la suivre avec un dévouement sans précédent. C’est de voir leur silhouette la suivre au crépuscule qui lui fit lui rappeler. Vipawa, le lion brun et Masharti, le lion blond, semblaient avoir particulièrement à cœur de veiller sur elle. Mais pourquoi ? De mémoire, elle ne se souvenait pas que les deux lions l’aient abordée un jour, pas plus qu’Anaki en son temps. Savaient-ils quelque chose qu’elle ignorait ? Elle ne put s’empêcher de penser que cela avait peut-être un lien avec sa mère biologique. Anaki avait été mise au secret, mais elle était morte, comme Amani avant lui –qui pour comble de l’ironie, était le grand-père de son fils adoptif !-. Malkia l’avait été, comme Moyo qui ne lui avait jamais rien dit. Ou du moins pu… Car Kuoko supposait que l’ancienne Reine avait voulu le faire sur son lit de mort, mais trop tard. Seule dans la plaine, Safari avait disparu de son champ de vision, mais la Reine savait que Nusura n’était pas loin. Une fois encore, elle avait la fidélité des plus anciens… Ce serait certainement la dernière mission auto-stipulée de l’espionne et la beige s’attristait de se dire qu’elle n’en reviendrait pas, pour qu’elle-même puisse retourner au Rocher de l’Espoir. Mais elle ne pouvait pas l’en empêcher ; elle l’insulterait.

Comme elle l’avait indiqué à sa Lieutenante, la Reine voulait traverser le pont. La construction naturelle, du moins depuis les inondations, avait l’air de tenir bon et d’après ce qu’elle savait, des lions d’ici et d’ailleurs le traversait régulièrement. Elle y posa une patte et le tronc craqua, mais tint bon. Ne pas regarder en bas… C’était bien sûr le conseil que l’on donnait à tout le monde et ce que Kuoko parvint pourtant à faire, pour une fois. Elle connaissait la profondeur des gorges et leur danger… Autrefois, les gnous y avaient libre accès et leur galop furieux en faisaient trembler les falaises. Aujourd’hui, il n’y avait plus que quelques familles de hyènes qui vivaient dans la partie qui n’était pas submergée, isolées des autres. Néanmoins, ils pouvaient sortir de la Terres des Lions pour se nourrir et n’avaient donc pas à se plaindre. Glissant avec souplesse à pas prudent, la lionne atteignit l’autre côté, le royaume de Prideland sans trop de difficulté, quoique soulagée de ne plus être suspendue au-dessus du gouffre. Au loin, elle devinait la silhouette attentive des garde-frontières, mais ils avaient été prévenus de son passage. Kuoko, dans un souci de conserver les susceptibilités et la paix, avait fait parvenir un message à la Reine Makao. Comme promit, Kuoko était seule sur la frontière et ne faisait qu’y passer. La Reine mit un point d’honneur à ne pas quitter les falaises et atteignit assez rapidement un des ressèrement de la gorge. D’ici, elle voyait la nouvelle rivière et la chute d’eau, s’effondrant dans la grande rivière. En fait, on pouvait presque franchir à la nage, mais les forts courants emportaient tout sur leur passage. Il y avait eu quelques noyés d’ailleurs… Suivant des yeux le courant de la grande rivière, Kuoko le vit s’engouffrer dans la Vallée des Ronces, méconnaissable aujourd’hui. Il y avait de nombreuses années qu’elle ne l’avait pas revue, mais elle lui sembla gigantesque et incroyablement robuste et avec toute cette eau qui l’alimentait… Mais cela n’était pas son problème, la Vallée des Ronces appartenaient à Prideland avant que les hyènes ne s’en emparent… Quel beau territoire ! Inondé, coupé du monde et qu’aucune hyène ne pouvait franchir !

Kuoko ne perdit plus de temps et se remit en marche. La plaine de Prideland était agréable, mais fière de son royaume, elle ne pouvait que se dire qu’Hopeland était plus beau encore, néanmoins, elle gardait ce genre de pensées pour elle et se hâta de franchir les étapes. La moitié de la journée avait déjà passé quand elle avait franchi le pont et elle fut sur le point de finir quand elle se retrouva au beau milieu de la lande qui séparait la Vallée des Ronces du Cimetière des Eléphants et de Prideland du Désert. Kuoko avait atteint un carrefour autrement plus dangereux, avec les quelques hyènes qui vivaient encore là et les Uhuru droit devant… Elle avait marché toute une journée, mais il aurait été de la folie de s’arrêter là ! Se cachant difficilement avec son pelage trop clair, Kuoko se glissa là où la grande rivière prenait fin et disparaissait sous terre. Malheureusement, elle était trop grande pour espérer se faufiler sous les ronces et pouvoir dormir à l’abri… Il semblait sue seul les lionceaux et adolescents assez petits et menus pouvaient s’y faufiler. Ou alors un Masimba, à force de vivre dans la jungle entre souche et liane, ils avaient perdus en taille, mais gagné en agilité. Kuoko fut contrainte de continuer. En sachant ce qu’elle risquait dans le Désert,  Kuoko eut l’idée de masquer odeur et couleur de pelage, se roulant dans la poussière et la boue. Ce n’était certes pas des plus élégants pour une Reine, mais maintenant qu’elle était aussi brune que la terre et qu’elle portait l’odeur la plus neutre au monde, ainsi, elle ne risquait pas d’être découverte trop vite, même si cela ne la protégeait pas de tous les dangers. Longeant une petite falaise, le prolongement de celle d’Hopeland en fait, Kuoko se mit à galoper à en perdre haleine. Droit devant elle, soulevant des nuages de sable sur son passage, elle retrouva a peu près son chemin, retrouvant un vieux souvenir d’autrefois.

Oui, Kuoko avait déjà vu le désert et se souvenait que la traversée n’avait pas été aussi longue qu’elle l’avait cru. De loin, elle vit plusieurs silhouettes se rapprocher et ne pouvant qu’imaginer une bande de Uhuru, la lionne redoubla d’effort pour sortir très vite de là. Ils se jetèrent à sa poursuite et ne la lâchèrent qu’après des heures de course. Dans un dernier effort, Kuoko se précipita dans la jungle, sauta dans l’eau du lac que formait une immense cascade, nagea jusqu’à l’autre rive et s’enfouit sous une souche, hors d’haleine. La vue n’était pas très dégagée, mais quelques instants plus tard, elle pu voir  plusieurs paires de grandes pattes hésiter devant le lac. Après un moment à scruter la jungle pour la retrouver, ils finirent par faire demi-tour, au pas de course. Kuoko était à bout de force, ces dernières années passer à gouverner ne lui avait pas permis de pouvoir arpenter la Terre des Lions, elle qui était si endurante autrefois… Mais à l’abri sous sa souche, cachée par le feuillage dense, la Reine s’endormit.

Lorsqu’elle se réveilla, le lendemain, une forte lumière émeraude et or illuminait la forêt, il faisait assez frais et humide, mettant Kuoko mal-à-l’aise, si l’air frais ne la dérangeait pas, il en était autre chose de cette chaleur humide. La lionne attendit un long moment avant de sortir de sa cachette, des fois que les lions croisés la nuit précédente auraient décidé de revenir… Mais il ne semblait y avoir personne. D’ailleurs, eux qui n’aimaient que le Désert devaient particulièrement ne pas aimer cet endroit. Kuoko sortit enfin et regarda la grande cascade. Elle montait si haut… Peut-être descendait-elle de la montagne ? Désirant trouver un chemin le plus rapidement possible, Kuoko s’avança vers les chutes, regardant en l’air, suivant les bords de la falaise du regard. Un craquement se fit entendre, faisant frémir ses oreilles. Le cœur battant, Kuoko s’attendait à voir les lions de la veille et pire, les panthères… La lionne fit volteface et se retrouva face à face avec…

« Aibu ! Qu’est-ce que tu fais ici ? » S’exclama Kuoko.
« Merci pour l’accueil. » Répondit Aibu d’un ton très calme. « Je t’ai vu filer hors du Rocher, je me suis demandé… »
« Tu ne devrais pas me suivre, retourne sur Hopeland. »
« Et te laisser aller seule on-ne-sait-où ? »
« Je sais ce que je fais, rentre ! »
« Et après ? Je pourrais te protéger ! »

Aibu vint se placer près d’elle. Le cœur de Kuoko se mit à battre. Cela faisait des mois maintenant que le lion lui faisait la cour, mais elle avait toujours été trop occupée avec son royaume, son fils et les affaires en cours. Pourtant, le lion était toujours là en cas de besoin, toujours là quand il le fallait. Ne passait-elle pas à côté de sa vie ? Mais quoi que pu dire Kuoko, Aibu ne lâcha pas l’affaire et décida de l’accompagner et bien que Kuoko se demandait comment il avait traversé le désert sans problème (car il ne semblait pas aussi épuisé qu’elle, surtout s’il venait tout juste d’arriver). La présence d’Aibu était rassurante, la lionne se sentait moins seule. Comme elle l’avait pressentit, le lion ne put s’empêcher de la courtiser, ce qui amusa un peu Kuoko. Elle le savait, il l’aimait et voulait des enfants. Pour sa part, Kuoko avait déjà Koda, mais il était vrai qu’elle ne l’avait ni porté, ni mis au monde… Dans son cœur cela ne faisait pas différence bien sûr, mais elle craignait que cela ne soit pas la même chose pour son peuple. Et puis avoir des enfants après avoir fait de Koda son héritier… Ne risquait-elle pas de répéter l’histoire de sa mère ? Kuoko le craignait, d’autant qu’elle atteignait le même âge… Cela faisait plusieurs jours maintenant, Aibu la menait, mais elle n’avait pas l’impression de s’approcher de la montagne. Elle avait même l’impression qu’ils s’en éloignaient. Près d’une petite chute, pendant qu’Aibu buvait, Kuoko regardait les alentours.

« Tu étais déjà venu ici ? »

Aibu se releva et la regarda.

« J’ai beaucoup voyagé avant de venir sur Hopeland tu sais, je suis déjà venu ici. »
« J’ai l’impression que nous nous éloignons. »
« Ce n’est qu’une impression, quand nous »
« Non… » Coupa Kuoko avec douceur. « Je te remercie de t’inquiéter et de vouloir m’aider, mais je dois y aller seule. C’est une affaire personnelle. »

Aibu tenta bien de protester, mais pour se défaire de lui, La reine prit la tengeante. Un chemin formé par des arbres se trouvait droit devant elle et Kuoko s’y engouffra. Pour échapper au mâle qu’elle entendit se ruer hors de l’eau, Kuoko se retourna et grimpa tant bien que mal sur les branches. Tapie, elle vit Aibu arriver en trombe en-dessous d’elle, mais il continua son chemin jusqu’à une petite route caillouteuse et ne sembla pas vouloir suivre cette voie là. Il resta longtemps sur place, avant de laisser tomber. Sur son visage, Kuoko put y lire une certaine contrariété et même… de la colère ? Non, non, il devait simplement être déçu… N’osant pas bouger de peur de faire du bruit, Kuok attendit qu’il ne disparaisse de sa vue et que ses pas ne lui parviennent plus. Elle l’entendit même traverser la rivière. Ce n’est qu’alors, discrètement, que Kuoko se faufila hors de sa cachette, sauta sur le sol et prit le chemin qu’il n’avait pas osé prendre. Kuoko comprit pourquoi, la montée était raide et caillouteuse. Aibu ne marchait jamais sur les chemins escarpés, ou si peu, ce n’était qu’un détail bien sûr, mais Kuoko n’avait pu s’empêcher de le remarquer. Ce genre de sol était égal à Kuoko et elle gravit la montée sans trop de peine. Au sommet, le cœur battant, Kuoko put admirer la chute d’eau. La vue la frappa, pas par sa beauté, mais parce qu’un chemin tout aussi caillouteux que celui-ci se prolongeait en serpentant plus bas, hors, jusque là, elle n’en avait jamais vu de semblable. Etant jeune, elle était venue souvent ici, mais elle ne reconnaissait rien. Cela devait faire bien longtemps qu’elle ne devait plus se souvenir, même si l’endroit semblait familier.

En suivant le chemin de pierre des yeux, la beige put voir qu’il continuait en hauteur. Le suivant donc son chemin fut soudainement barré par des pierres d’une taille impressionnante. Surprise, Kuoko le regarda un instant avant de rebrousser chemin. Avançant sans regarder où elle allait, la langue froide de la rivière lui trempa soudainement les pattes. Elle fit glisser son regard sous elle et suivit son amont. Ca par exemple ! Il prenait la même direction que… Les yeux ronds, Kuoko s’élança en galopant dans l’eau. Après quelques efforts, remuant la terre sous ses pas et faisant couler de la boue derrière elle, elle parvint à atteindre une certaine hauteur. Elle reconnu le gros rocher.

« Oh ! »

La rivière avait un courant particulièrement fort ici et butait contre le rocher avant de le contourner et de prendre le chemin d’où elle venait. Kuoko fit volte-face. Le chemin de cailloux, probablement l’ancien lit de la rivière, partait dans les profondeurs de la jungle. Mais l’autre se dirigeait tout à fait à l’opposé. D’ici évidemment, Kuoko ne pouvait pas bien voir, mais… Cette vue… Kuoko la connaissait. Elle dût lutter avec sa mémoire, pour se souvenir de ce qui l’embêtait.

« Mais c’est la Terre des Mangouste là-bas ! » S’écria t-elle. « Mais alors… Cette rivière… »

Cette rivière s’y déversait tout droit. Cette idée suivit son fil dans l’esprit de la Reine. La Terre des Mangoustes changée en Marais et puis, toute cette eau, il n’y en avait plus là où elle devait être et se trouvait là où elle ne devait pas. Elle avait bien sûr entendu parler de la sécheresse du temps des Masimba dans la jungle. Mais alors, ce serait ce rocher tout bête qui aurait causé autant de dégâts ? La sécheresse, le Marais et les inondations à Hopeland ?

« Mais alors, les Masimba étaient innocents ? Ca n’était pas de leur faute ? »

Kuoko fit un bond et se rendit près du rocher, certaine de ce qu’elle avançait. Mais c’était bizarre non ? Ce rocher serait tout bêtement tombé ? Kuoko regarda en contre-haut, il y avait bien un petit pallier dans la roche et elle y grimpa. Une fois sur place, non sans mal, Kuoko flaira le sol. Mais si ça datait bien du temps de sa grand-mère, bien avant sa propre naissance… Une pensée triste l’effleura, à cette époque, sa propre mère… Mais Kuoko secoua la tête, ce n’était pas le moment. Ce rocher avait-il pu tomber seul ? Kuoko se posait la question, car si c’était bien cela, l’époque de la sécheresse coïncidait avec l’exil de sa grand-mère. N’était-ce pas à cette époque que les Masimba avaient connaissance avec les lions du désert dont ils ignoraient le nom alors ? Kuoko connaissait très bien ses leçons d’histoire, Zahra avait été envoyée en émissaire… Mais depuis le temps, il n’y avait plus aucune odeur, si ce n’était celles de la jungle, plus aucune trace non plus. Kuoko laissa échapper une exclamation de douleur, en se retournant brusquement, elle vit qu’elle venait de se blesser ; la roche était tranchante et elle y laissait quelques poils… Dans un renfoncement à ses pattes, il y avait un nid, où ses poils tombèrent tout droit. Kuoko y mit le museau, pour constater les dégâts. Depuis quand avait-elle le pelage si… Différent ? Attirant le nid de la patte, qui était vide, elle vit ses propres poils, beige (avec un peu de sang), des plumes, des herbes, mais aussi une touffe de poils très ras d’une drôle de couleur. Un peu comme ceux d’Aibu en fait, mais en plus court, beaucoup plus court. Non c’était idiot, Aibu n’était pas né à l’époque.

Kuoko resta figée. Aibu, non. Mais… L’image volatile d’un lion du désert qu’elle avait autrefois rencontré lui revint en mémoire. Oui, ça ressemblait à peu près, mais combien de lions Uhuru avait cette couleur de pelage ? Où n’importe qui d’autre de sa famille ? Ne s’était-il pas targué d’être le prince du désert d’ailleurs ? Kuoko était surexcitée par sa découverte, mais sa mémoire lui faisait défaut. Pourtant, cela n’aurait-il pas été de leur genre de vouloir priver les Masimba d’eau ? Après tout, les Uhuru étaient leurs ennemis depuis cette histoire… Ou alors, quelqu’un avait voulu provoquer cette guerre. Kuoko laissa tomber le nid et redescendit, se posa et lécha sa blessure. Qui pouvait à ce point vouloir que Uhuru et Masimba ne se battent ? Une silhouette sombre tomba du ciel, l’accostant et la fit sursauter.

Une panthère.

Son pelage était aussi court et du même genre que ce qu’elle avait trouvé. Se pourrait-il ? Mais non… Les panthères et les Masimba étaient amis à cette époque…

« Les lions viennent-ils encore semer la pagaille ? » Dit froidement la vieille panthère.

Kuoko le regarda sans comprendre d’abord. Et puis…

« Alors c’est un lion qui a poussé ce rocher ? » répondit Kuoko en l’examinant.
« Ne le saviez-vous pas ? Ils ne causent que de l’embarras ! »
« Non, je viens juste de le découvrir. Savez-vous qui à fait cela ? Où est-ce que tous les lions se ressemblent pour vous ? »
« Je n’étais qu’une très jeune panthère à l’époque, mais je l’ai vu, j’ai vu la lionne qui à fait ça. »
« Comment était-elle ? » S’enquit Kuoko.
« Je vous l’ait dit, j’étais très jeune et je suis aujourd’hui très âgé. Mais elle était immense cette lionne. »
« Immense ? Avait-elle une tâche sur le visage ? Etait-ce une Uhuru ? »

La panthère grogna.

« Pourquoi vouloir accuser les Uhuru jeune Masimba ? Je ne me souviens pas, je ne me souviens que de sa grande taille et pourtant, elle était fine comme une gazelle. »

Kuoko resta un instant silencieuse. Cela ressemblait fort à ce qu’ils ressemblaient…

« Je ne suis pas une Masimba. Je suis la Reine Kuoko.
Qui que soit cette lionne, il semblerait qu’elle ai provoqué beaucoup de catastrophe… La sécheresse, la transformation de la Terre des Mangoustes en Marais, les inondations d’Hopeland avec l’engloutissement d’une partie des gorges, sans compter sur les querelles qui en ont découlé. Et l’attaque récente des hyènes sur Hopeland. Elles n’auraient jamais osé nous attaquer de front.
Me tromperais-je ? »


« Que cela change t-il, aujourd’hui ? »

Kuoko resta silencieuse un moment.

« Beaucoup de choses. La sécheresse n’était pas la faute des Masimba et quelqu’un à voulu semer la guerre dans la jungle, comme dans la Terre des Lions.
Qui que ce soit, il y a réussi.
Mais nous pouvons encore changer les choses. »


La panthère ne répondit rien, mais Kuoko n’attendit pas sa réponse. Elle ne voulait pas relancer les hostilités, aussi, elle n’ajouta rien de plus. La lionne se leva sur ses pattes arrière et posa ses pattes de devant sur le rocher. Si la lionne était seule lorsqu’elle avait déplacé ce rocher, elle pouvait sans doute en faire autant, en libérant le passage, la rivière pourrait reprendre son cours. Malheureusement, Kuoko eut beau appuyer, pousser, essayer de faire rouler, le rocher ne bougea quasiment pas. Evidemment, maintenant qu’il était là, c’était beaucoup plus difficile de le faire rouler que tomber dans le vide ! Et puis le rocher céda d’un coup. La panthère s’était joint à elle et ils regardèrent rouler, timidement d’abord, puis déraper dans le vide pour s’écraser plus bas, dans le nouveau cours d’eau. Aussitôt, la beige sentit une bonne rasade d’eau froide qui lui fouetta la croupe et elle bondit sur le côté. L’eau de la cascade se jetait avec force sur son ancien lit, recouvrant les cailloux, tandis que le second cours perdait en puissance. Maintenant, il fallait espérer que les choses ne redeviennent peu à peu normales… Kuoko regarda quelques secondes la cascade reprendre ses droits et voulu remercier la panthère. Mais celle-ci avait déjà disparue. La Reine ne put qu’esquisser un sourire. Avec de la chance, Hopeland ne risquait plus d’être à nouveau inondé aux moussons. Mais le soleil se couchait déjà, il faisait si sombre dans cette jungle, que Kuoko estima préférable de trouver un abri, qu’elle trouva un peu plus haut, après un peu d’escalade après rochers et arbres.


La lionne se retrouva seule. Au milieu de nulle part, elle gravit les rochers et ne put que constater que la chaleur ici était moins rude et que le vent qui soufflait, était même froid. Un sentiment qu’elle n’avait jamais ressentis, mais les tremblements qui lui prenaient ne faisaient pas de doute. Ou alors, peut-être était-ce parce qu’elle se sentait fébrile ? Le paysage ici, n’avait rien à voir avec la savane ou même la jungle, Kuoko ne reconnaissait rien et pourtant tout cela lui parut familier. C’était cela la montagne donc ? Probablement, le seul endroit au monde qu’elle n’avait jamais vu. Des rochers, de toutes les couleurs, une hauteur incroyable, de la terre et beaucoup de cailloux. Le ciel était d’un blanc éclatant et à côté son pelage la fondait dans les pierres. Les oreilles tournées vers la montagne, le cœur en suspens, Kuoko ne cessait de marcher dans les sentiers étroits, se demandant quel genre d’animaux pouvait vivre ici. L’air frais de la montagne lui fit du bien, car bien qu’elle mettait ses souffrances de côté, l’empoisonnement lui torturait le corps jour après jour. Ses maux de tête s’étaient calmés, un peu. Quant au reste, elle faisait avec. Après tout elle était malade depuis son adolescence, elle avait appris à vivre avec. Kuoko ne cherchait pas à monter rapidement les côtes, car elle savait d’instinct qu’elle se fatiguerait plus vite qu’elle n’abattrait de distance et resta bien calme, inspirant profondément. Cet air était très différent de la savane, il était vivifiant, plein d’odeurs inconnues et de temps en temps, quelques feuilles et pétales, et même des petites boules duveteuses venaient s’écraser dans les pierres. Cela faisait maintenant bien sept jours, au moins cinq, qu’elle avait quitté Hopeland… Il fallait dire qu’Aibu les avaient perdus, en voulant l’aider… Mais bon, elle y était maintenant, la montagne… Ce monstre de pierre où aucun lion n’osait aller… Jetant un petit coup d’œil en bas, Kuoko constata que le flanc de la falaise était impressionnant, bien plus que celui où dévalaient les gorges. En dessous, la jungle ressemblait à une immense carapace verte et le reste, plus terne et jaune, était sans nul doute possible la savane… Son regard accrocha une petite tâche brune qui ressortait. L’Espoir… Le Rocher de l’Espoir, son royaume…

Kuoko était fatiguée, marcher ici était beaucoup plus fatiguant, l’air était nouveau, revigorant et la pente n’en finissait pas. Le vent emmena son odeur partout dans la montagne, mais la Reine ne s’en souciait guère, il y avait peu de chance de tomber sur un ennemi ici. Et puis de toute façon, elle n’était qu’une étrangère anonyme ici… Laissa ses pattes dans le vide, elle regardait en bas. Les royaumes de la Terre des Lions avaient vraiment l’air insignifiant vu d’ici… Finalement, après un long moment de pause, Kuoko se ressaisit. SI elle voulait trouver un remède et son père, ce ne serait pas en restant plantée comme un chardon. Au départ, Kuoko n’y fit pas attention, mais plus elle avançait, plus elle crut entendre murmurer sir son passage… Une certaine inquiétude la saisit, mais à chaque fois qu’elle regardait autour d’elle, elle n’y voyait personne, elle semblait seule dans cette montagne… Aussi, Kuoko, quoique sur ses gardes, cessa de se tourmenter à ce sujet. La montagne portait des murmures… D’où venaient-ils ? Elle ne comprenait pas ce qu’ils disaient. Il se passa de nombreuses heures, où le temps changea, l’air se métamorphosa et où le paysage prit une tout autre forme. Au départ, le sol devint sombre et la terre collait un peu aux pattes. Et puis il y avait cette odeur caractéristique qui annonçait la pluie. Mais ici, elle était douce, une odeur vraiment à part, pas comme dans la savane. Les pierres sentaient la pluie. Le vent se leva et la pluie fini par tomber. Mais cette pluie là était glaciale ! Comment Kuoko le savait-elle ? Cette pluie trempa son pelage et même si elle la sentait froide sous ses pattes ou sur son museau… Pour l’instant elle le supportait bien. La chaleur s’en allait de plus en plus et si bien que le ciel devint subitement tout blanc, que quelque chose en suspension dans l’air, qu’elle pouvait voir sans saisir, l’empêchait de voir loin. Et puis, le sol devint blanc, plus haut, beaucoup plus haut. En regardant en bas, alors que les chemins sinueux l’avaient retournée dans tous les sens, si bien qu’elle ne savait plus où elle se trouvait, ne lui montrèrent qu’une masse vert sombre et piquante. Etait-ce des arbres ces drôles de choses ? Ou des rochers ?

Du ciel, la pluie devint plus grosse… Mais au lieu de lui fouetter les flancs comme à chaque mousson, elle put voir tomber sur le bout de son museau une goutte aussi blanche que légère, qui disparu aussitôt qu’elle s’accrocha à ses poils. Quand elle soufflait, une drôle de fumée blanche lui sortait de la gueule. Tout cet endroit était étrange, si étrange, qu’elle comprenait la réticense des lions à venir ici. Il faisait si froid par rapport à la savane, qu’aucun ne pourrait vivre ici… Et bonne nouvelle, ce ne serait certainement pas sur un Uhuru qu’elle pourrait tomber, le climat était déjà trop rude ici. Kuoko se rendit compte, que les gouttes blanches étaient encore plus froides que le vent, qu’elles collaient au sol, et à son pelage, mais qu’elle n’en était pour autant pas mouillée. Prenant le gnou par les cornes, elle ne put s’empêcher de lécher un peu de cette longue étendue blanche, à l’odeur un peu familière. La beige constata avec étonnement que sur la langue, ce n’était autre chose que de l’eau. Levant le museau vers le ciel, elle vit ces petits flots tourbillonner dans tous les sens et non pas tomber purement et simplement et s’écraser sur le sol. Cette pluie blanche était bien plus gracieuse que celle qu’elle connaissait… Avec le peu de visibilité qu’elle avait, Kuoko put néanmoins se rendre compte que la montagne, à cette altitude n’était faite que de cela. Elle trouva une grotte, s’y engouffra et alla l’explorer. Cette grotte était en fait un passage, qui débouchait sur une autre partie de la montagne. L’envers du décor était encore plus magnifique que la pluie blanche. Il y avait des arbres avec des feuilles pointues, dont les branches avaient blanchies, les rochers également. Le sol était couvert d’une grosse couche de ce blanc. Dans son abri, Kuoko put constater à nouveau que cette eau étrange mouillait bel et bien son pelage et bien qu’elle n’ait conscience que la chaleur n’existait pas ici, elle se sentait toujours bien.

Oubliant sa timidité, Kuoko sortit de son abri, prise dans les flocons, les regardant s’envoler comme les feuilles tombaient des arbres par grand vent. Ils étaient léger, jolis et avec le froid, Kuoko se sentit plus légère elle aussi. Son mal de tête disparaissait et quand elle le remarqua, longtemps après, elle eut un soupir d’aise. Elle avait oublié ce qu’était de vivre sans souffrir. Puis, elle osa poser la patte sur le sol blanc. Interloquée, elle vit sa patte s’enfoncer assez profondément, puis s’arrêter. Les pattes arrière bien ancrées dans la pierre, elle posa la seconde patte de devant, qui suivit le même manège. Elle s’enfonça, jusqu’à une certaine profondeur. Elle ne risquait donc pas de disparaître dedans… Mais ce qui l’amusa, en faisant quelques pas, ce fut lorsqu’elle regarda derrière elle : elle avait laissé une large traînée et on voyait même l’emprunte de ses pattes par endroit. En regardant ce genre de clairière devant elle, ainsi que la stature de la montagne, Kuoko se sentit alors très seule, car il n’y avait aucun autre être vivant et à part le sifflement du vent, elle n’entendait rien d’autre. Mais cette solitude était plutôt égale à de la quiétude. Elle était bien  ici. Ce n’est qu’après un long moment passé à errer ça et là, à regarder les flocons tomber qu’une masse très légèrement plus sombre attira son attention. On aurait dit un lion. Plissant les yeux, inclinant la tête d’un air interrogateur, Kuoko se demanda laquelle de ses deux idées serait la plus avisée : rebrousser chemin ou aller à la rencontre de cette créature ? Si elle n’avait pas eu autant de responsabilité à porter, sans aucune question elle se serait approchée à pas prudents. Mais tout le monde comptait sur elle. Elle avait des malades à guérir, un fils à élever et un Royaume dont elle devait prendre soin…

« Il y a quelqu’un ? » Demanda t-elle, sachant pertinemment qu’elle n’avait pas rêvé. Un pas à la fois, Kuoko allait dans la direction de la créature. « Wouhou ? » Mais toujours rien… Seulement les mugissements du vent. «  Excusez-mois mais je cherche… »

Que cherchait-elle ? Un remède ? Son père ? La lionne s’avança et droit devant elle entre deux arbres sur un rocher, se tenait un grand lion, immense, au pelage et à la crinière impressionnante, presque blanc. Seuls ses yeux étaient vraiment visibles dans tout ce blanc. Il se tenait là, immobile et la regardait. Etait-il surprit, inquiet, agressif ? En colère ou bien complètement neutre ? Son regard était pénétrant et Kuoko ne pouvait s’en défaire. D’un pas tranquille et fier, à la fois gracieux et souverain, le grand lion s’approcha à quelques mètres. Son pelage dense et long était recouvert de pluie blanche, sa fourrure si épaisse que ses oreilles n’étaient même pas visibles. Son pelage ressemblait au sien. Kuoko était figée. Quand on vivait en clan, on s’extasiait toujours sur les lionceaux « il a les yeux de sa mère » « oui mais il a le pelage de son père » « celui-là est le parfait mélange de ses parents ». Il n’était pas difficile de savoir ce qui se tramait dans la tête de Kuoko… Elle était venue chercher la famille de son père ici, non parce que Malkia lui avait révélé l’identité de ce dernier –personne ne savait-, mais parce qu’on lui avait dit que Mjwa, la machine de guerre, avait disparu quelques jours avant la bataille. Pas qu’on ait pris la peine (le risque ?) d’aller la faire chercher, mais d’après ce qu’avait pu dire les éclaireurs de l’époque (cela semblait tellement lointain), elle était allée bien plus loin que la jungle ou le désert, certains avaient même prétendu qu’elle avait répandu la mort dans la montagne… Il y avait si peu d’information sérieuse sur cette lionne et tant de rumeurs plus incroyable les unes que les autres que Kuoko arrivait à se demander si cette lionne avait bien existé un jour ou si elle n’était que la personnification des craintes des lions du royaume… Le lion passa devant Kuoko, immobile comme un arbre.

« Suis-moi, la tempête se lève. »

Sa voix était agréable, basse et un peu sombre. Kuoko hésita. Ce lion, car c’était bien un lion, l’invitait à la suivre. Il ne la menaçait pas, pas plus qu’il ne se sentait menacé par elle, il n’avait rien d’agressif… Que risquait-elle si elle le suivait et que se passerait-il si elle ne le faisait pas ? Kuoko ne connaissait pas la montagne et si une tempête de ces flocons l’emprisonnait ici… Bien qu’elle ne sache à quoi cela pouvait ressembler. Kuoko hésitait, mais le lion lui, ne semblait pas méchant et d’ailleurs, il disparaissait déjà dans le vent et les flocons, alors que ceux-ci semblaient déjà beaucoup plus gros. Et puis après tout, ce lion n’avait aucune raison de lui vouloir du mal… Les lions de la montagne étaient peut-être très différents de ceux que Kuoko connaissait déjà. Mais de crainte de rester seule dans la tempête, la lionne bondit et rattrapa le lion blanc. Ce dernier restait silencieux et avançait sans peine dans le sol blanc et profond, alors que la lionne beige eut rapidement plus de mal. Le vent devenait violent et le froid piquant. Kuoko ne lâchait pas le lion d’un coussinet, qui la fit marcher longtemps encore, jusqu’à ce qu’ils n’atteignent ce qui ressemblait à une tanière. Le grand mâle s’ébroua, faisant voler les flocons autour de lui comme un nuage, Kuoko fit de même, prenant la même posture. Elle jeta un coup d’œil dehors et le temps avait changé en quelques minutes, il n’y avait plus qu’un grand rideau blanc agité par le vent. La beige avait froid et son corps tremblait, mais cela lui semblait moins pénible que la traversée des régions chaudes de la savane et pire, du désert, qu’elle avait déjà effectué. Kuoko se sentit observée et se retourna. Le grand lion était assis et la regardait sans rien dire, semblant presque irréel avec son pelage et son immobilité.

« Tu es la fille de Mjwa, n’est-ce pas ? »

Kuoko fut saisie, interloquée. Comment ce lion, du fin fond de la montagne sous une tempête de neige pouvait-il savoir ? Il n’avait pas bougé et restait parfaitement serein, sans aucune animosité et Kuoko le sentait, sans idée derrière la tête. Le lion de montagne semblait aussi doux que sincère, mais Kuoko était trop choquée pour penser à répondre.

« Tu lui ressemble, tu as la même allure, les mêmes yeux. La même marque sur le front. »

Bizarrement, le lion semblait vouloir dire autre chose et ce fut Kuoko qui y pensa la première. Mai son pelage, ne ressemblait-il pas d’avantage au sien ? Il y avait un grand suspens et Kuoko craignait de ce qui se passerait, si elle prononçait le moindre mot. Et puis… Que pouvait-elle bien lui dire ? Pourtant, un feu venait de s’allumer en Kuoko, comme lorsqu’elle était adolescente, un feu intérieur.

« Comment connaissez-vous le nom de ma mère ? » Dit-elle, tout en redoutant autant qu’elle espérait la réponse. « A moins… Que vous ne soyez mon père. »

Le regard du lion n’avait pas changé, pourtant, il semblait vivre un moment au moins aussi intense que ce que vivait Kuoko au même instant. Sa voix avait tremblé, sur ses dernières paroles et elle attendait sa réponse avec angoisse.

« Si tu es bien la fille de Mjwa, guerrière d’Hopeland, il se peut en effet, que je le sois. Je vois que ton pelage ressemble au mien. Pour moi, il ne peut y avoir de doute. »

Kuoko sentit le sol se dérober sous ses pattes et il lui semblait que son cœur venait de faire un plongeon, comme s’il avait sauté du haut de la montagne pour retourner au niveau de la savane. Elle en eut même un vertige.

« Vous connaissez Hopeland ? »
« Oui… Je sais même plus de chose que quiconque sur ta pauvre maman. »

Silencieuse, Kuoko trouva ses paroles très étranges. Sa pauvre maman ? Jamais le portrait parlé qu’on lui avait fait n’avait insinué que Mjwa ai pu être malheureuse. C’était plutôt elle, le malheur des autres.

« Que voulez-vous dire ? »

Le lion soupira.
« J’aimerais avant tout savoir, comment a été et est la vie là-bas pour toi. »

Kuoko brûlait d’envie de savoir, elle ne sentait d’ailleurs plus du tout la froideur de la montagne, mais craignait que le lion ne refuse, ou pire, ne disparaisse, si jamais elle refusait de parler avant que lui ne le fasse. Etait-il vraiment son père ? Elle regarda en dehors de l’abri, où le vent hurlait et où le sol blanc prenait de l’ampleur.

« La neige aura bientôt bouché l’entrée, mais de toute façon, la tempête va durer plusieurs jours. » Observa le lion blanc. « Dis-moi simplement ce qu’est devenu ta merveilleuse mère. »

Merveilleuse ? Par les Grands Esprits, on ne la lui avait jamais décrite que comme un monstre…

« Je ne sais pas.
Tout ce que je sais, c’est que ma mère était Moyo, la Reine d’Hopeland. Que j’avais deux frères qu’elle a reniés, malgré mn insistance pour faire valoir leur droit. J’avais remarqué depuis longtemps que les lions du clan ne m’aimaient pas, mais ils n’ont jamais aimé Mère non plus. Sans doute parce qu’elle n’a jamais voulu accomplir ses devoirs de Reine. J’ai passé toute ma jeunesse à courir les territoires, à tout explorer jusqu’à ce qu’un jour une fleur viennent empoisonner nos terres. Depuis j’ai toujours cherché un remède, en vain, mais maintenant mon peuple voit et reconnaît le dévouement que je leur porte et ils me le rendent bien. »
Kuoko cessa de parler, préférant taire les détails les plus tristes. Elle qui s’était sentie si seule dans son enfance, dont elle ne gardait que peu de souvenirs. « Je suis devenue Reine à mon tour et j’ai dû faire face à beaucoup de difficulté dans le royaume, mais je suis épaulée. Puis j’ai adopté mon fils Koda, dont les parents avaient été chassés de la jungle et ne sachant où aller, son père à décidé de retourner dans le clan natal de son propre père. Koda se pose beaucoup de question sur son père, il faut dire qu’il n’a jamais cherché à faire autre chose que de découvrir qui avait assassiné Amani, son père. »

« Amani ? »

« Oui… » Répondit Kuoko sans se douter de ce qu’elle venait de révéler. Et préférant ne pas divulguer que probablement, elle savait quelle était la vérité. « Koda héritera un jour, bien qu’il ne soit un mon fils légitime, cette nouvelle n’a choqué personne au contraire. Mais…
Mais il y a quelques temps, ma Tante Malkia est venue pour m’apprendre quelles étaient mes origines. Elle m’a dit que je n’étais pas la véritable fille de Moyo, que ma mère s’appelait Mjwa et était probablement la personne la plus crainte et la plus sanguinaire de toute la Terre des Lions. Je n’ai pas voulu la croire… Mais il est vrai que comme mes demi-frères, je ne connais pas mon père. Moi je connais le leur, ma mère, Moyo, m’en avait parlé. Mais… »


Kuoko soupira et n’ajouta plus rien pendant un long moment, préférant regarder le bout de ses pattes, plutôt que d’affronter le regard du lion blanc.

« Ce qui compte pour l’instant, c’est de trouver un remède. La montagne est le seul endroit où nous n’avons pas cherché. Pour l’instant le royaume est en paix, il est bien gardé, Koda est entre de bonnes pattes et personne d’autre que moi à Hopeland ne connaissait aussi bien la Terre des Lions et la jungle… »

Ce n’était qu’une demi-vérité bien sûr… Le plus important, outre de soigner son peuple, était de retrouver ses origines.

« Ta vie n’a pas été simple et je m’en excuse. Jamais je n’aurais dû laisser partir Mjwa, ou devrais-je dire Serene. « La vie de ta maman était compliquée et douloureuse, pour la comprendre, tu dois garder l’esprit ouvert… Ne la juge pas. Pour comprendre, je vais te raconter tout ce que je sais d’elle en commençant par le début, tout ce qu’elle m’a apprit d’elle. »

Le vent se mit à rugir et le lion attendit un moment. Il était tard et l’entrée était bouchée par la neige.

« Reposons-nous d’abord, demain matin, je te raconterais tout cela. »




Epuisée, Kuoko s’était vite endormie, blottie au fond de la tanière. De très longues heures plus tard, bien plus qu’une seule nuit, le lion se leva et s’engouffra dans un tunnel que Kuoko n’avait pas vu jusque là. A peine réveiller, elle le regarda faire sans bouger. Le lion blanc donna de grands coups de pattes dans la paroi, qui se révéla être de la neige. La lumière entra alors dans la tanière, très vive et éblouis la lionne. Quand elle rouvrit les yeux, le lion de montagne avait disparu. N’ayant pas oublié qu’il devait lui apprendre l’identité de sa mère biologique, Kuoko le suivit aussitôt. Il était là, assis dans la neige au bord de la montagne. En s’approchant, la beige vit un paysage enchanteur, à la fois blanc, bleu et sienne.

« Elle est née dans un royaume nommé Prideland. Parfois, elle se souvenait avoir eu une famille. Elle avait un frère à la crinière blonde, une mère du même pelage et pensait que son père était brun. Mais elle, son pelage était presque aussi blanc que toute cette neige… Ses yeux étaient rouges comme le soleil levant. Quand elle n’était qu’un tout jeune lionceau, un incendie à éclaté dans son royaume, qui a probablement tué sa famille. Toujours était-ils qu’elle n’a jamais revu ni sa mère, ni son frère, alors que son père avait quitté leur foyer avant cela. Bien sûr, tous ses souvenirs étaient flous et confus, mais c’est ce qui, à mon sens, a pu se passer.
Un jour, leur souverain décida que leur terre n’avaient plus rien à offrir, aussi envoya t-il les femelles et les enfants vivre chez leur frère de la jungle. Mais sur la route, le groupe dont Serene faisait partit a été attaqué. Des lionnes enragées s’en sont prit aux femelles et sont repartit avec les lionceaux. Elles les ont emmenées… C’était toute la perfidie de la fille illégitime d’un des princes d’Hopeland qui s’est exprimé ce jour là, mais pas autant que sa cruauté. Les lionceaux qu’ils ont amenés étaient élevés à l’écart, et après les traitements de cette lionne et de son père leur ont infligés en secret, ils n’ont plus jamais été les même. Il semblerait que seule Serene ai survécut et qu’ils l’aient renommée Mjwa. Elle était comme une autre personne, Mjwa a été mise sous les ordres d’un dénommé Amani, car il était le seul à pouvoir la contrôler. Mais Mjwa… Je suppose que le portrait que l’on t’a brossé à son sujet est encore loin de la  vérité. J’ai eu l’occasion de la voir à l’œuvre, Mjwa était une lionne cruelle, froide, au caractère enflammé pourtant, destructeur. Les génocides, la chasse et la destruction étaient son seul souffle de vie et elle n’obéissait qu’à elle-même. Mjwa… Elle ne croyait qu’en la guerre… Mais elle n’était que ce qu’on avait fait d’elle… Elle a vécut comme ça. »


Le lion blanc cessa de parler, regardant sa fille qui avait l’air dévastée par ce récit.

« Tu n’es pas sans savoir qu’un jour, Onura, a renversé le gouvernement. Elle a donc pris le pouvoir. Elle croyait sincèrement se mettre Mjwa dans la poche, mais elle était instable et détestait par-dessous tous les lâches et les traîtres. C’est pourquoi, Amani et Mjwa on pu élaborer ensemble une résistance. Mais Onura craignait Amani et a voulu le faire assassiner. Pour sauver sa couverture, Mjwa, qui avait été chargée de la tâche, a pu le faire. Il est possible que l’amant d’Onura ne s’en soit chargé et que Mjwa n’ai eu qu’à retrouver le corps d’Amani dans les gorges. Je doute qu’elle ne l’ai assassiné, je pense plutôt à un accord entre eux d’eux, mais Mjwa était couverte de son sang. Amani était son seul repère et comme je te l’ai dis, elle n’était pas stable, pour sa propre survie, son esprit ne l’aurait jamais permis de le tuer.

En secret, Mjwa a continué a mettre au point la résistance et elle a retrouvé Zahra un jour. C’est ainsi qu’ils ont pu mettre au point un plan pour reconquérir Hopeland. Mais avec la mort d’Amani, je suppose que cela à causé de graves blessures dans l’esprit de Mjwa. C’est comme ça qu’elle est venue dans la montagne. Serene me racontait parfois faire de long cauchemars et se souvenir de choses qu’elle n’avait jamais vu. Je suppose que la mémoire de Mjwa venait parfois la hanter et j’ai pu me rendre compte que le contraire était aussi vrai. En recevant des souvenirs de Serene, l’instabilité de Mjwa la faisait basculer et alors, Serene reprenait le contrôle. »


En face de lui, Kuoko fermait les yeux et penchait la tête vers le sol, des flots de larmes coulant sur son beau pelage beige.

« Elle est restée longtemps. Ta maman, était une véritable bouffée d’air pur. Elle parlait assez peu, mais ses yeux brillaient et parlaient pour elle, elle était joyeuse, aimante et d’une douceur incomparable. Nous sommes restés ensembles, en basse montagne, car son pelage n’était pas fait pour survivre complètement en montagne. Elle était heureuse ici. »

Le grand lion ferma les yeux à son tour. Parfois dans la tempête, il lui semblait revoir la silhouette de la douce lionne qu’il avait connu. Il se leva et descendit un chemin aussi étroit qu’il était escarpé, sans difficulté. Kuoko le suivit. Le soleil s’était levé très vite et baignait la petite vallée de sa lumière et de sa chaleur. On voyait même quelques herbes et quelques fleurs percer la neige et la petite couche de glace.

« Pourtant un jour, j’ai su que Mjwa était de retour, elle est partie sans mot dire, sans même s’arrêter devant moi. Elle n’est jamais revenue. »

« C’est parce qu’elle, que Mjwa, est revenue faire la guerre. Elle avait disposé ses troupes et ses partisans sur la voie jusqu’au Rocher de l’Espoir… C’est elle qui a permis à ma grand-mère de reprendre sa place. Beaucoup de lions sont morts, mais Mjwa a éliminé la générale et les plus puissants partisans d’Onura, qui était morte déjà depuis quelques mois. Mais son compagnon et leur deux enfants avaient reprit le flambeau. On suppose que son compagnon à fuit et ses enfants ont fait de même. Quand ils ont retrouvé Mjwa… Elle était morte et ils ont retrouvé un lionceau sous ses flancs, baignant dans son sang. Ils m’ont retrouvée, moi. Moyo a ordonné qu’une lionne me nourrisse… Et elle a fini par m’adopter. »

« Je crois… Je pense que si elle est morte, c’est parce qu’elle savait que tu avais besoin de sa protection. On ne saura jamais comment tout cela c’est vraiment passé, ce qui a poussé Mjwa à repartir, le devoir ? Ce qui a poussé Selene à revenir dans un moment qui la terrifiait autant. »

Kuoko avait le cœur gros. Un flot de larme s’échappait de ses yeux, comme jamais ils ne l’avaient fait. Elle saisissait maintenant, le vrai visage de sa mère, l’importance qu’elle avait eu dans une terre entière, dans la vie de ce grand lion blanc et dans la sienne. Mjwa ou Selene, cela n’avait que peu d’importance, elle était juste la lionne blanche qui s’était fait connaître de tous et était entrée dans l’histoire, faisant parler d’elle jusque dans la montagne. Kuoko comprenait beaucoup de choses maintenant. Elle releva un regard ruisselant de larme vers son père et s’en rapprocha d’un pas hésitant. Comme il lui rendait son regard, elle ne put alors s’empêcher de fondre en larme contre lui, étouffant ses sanglots dans son épaisse crinière.




Les jours avaient passés. Kuoko apprenait à connaître son père, Motoko et découvrait avec lui la montagne. La lionne en avait oublié toute la lourdeur de ses responsabilités.

« Où sont les autres lions ? » Demanda un jour Kuoko.
« Ils sont là… Solitaire, vivant seul où à deux, laissant parfois leur compagnon… Nous ne vivons pas en clan. Parfois nous trouvons une compagne avec qui nous restons parfois juste un temps, parfois toute notre vie… » Répondit son père. « Et ce remède ? »
« Nous n’avons rien trouvé nulle part. J’espérais trouver quelque chose dans le seul territoire ou nous n’avions pas cherché. Mes troupes ont tout passé au peigne fin, jusque dans les Marais. Et puis, venir ici… J’avais l’espoir de te retrouver.
Mais j’ai remarqué, que je ne souffre plus de cet empoisonnement depuis que je suis là. Je n’ai plus mal à la tête, ni de nausée, je n’ai plus aucune douleur.
Il y a quelque chose  ici qui m’a soignée. »

« As-tu déjà entendu parlé de la Fleur Etoile ? »
« La Fleur Etoile ? »
« C’est une fleur qui pousse beaucoup ici, quand les animaux sont malades, ils en mangent et guérissent. Les proies que tu as chassées ici en avaient certainement mangé. »

Motoko et Kuoko marchaient côte à côte dans la neige.

« C’est cette fleur, qui perce la neige. Dans certains endroit elle est violette, parfois rose ou tirant sur le blanc. Je n’en ai jamais vu dans les chemins de pierre. »

Cette petite fleur avait quatre grands pétales disposés comme les étoiles que l’on pouvait voir dans le ciel et Kuoko comprenait d’où lui venait son nom. Elle n’en avait jamais vu nulle part non plus et il y avait donc de grande chance qu’elle ne pousse que dans la neige ou des endroits comme la montagne, loin de la chaleur de la savane…
Kuoko soupira.

« Je vais devoir retourner à Hopeland… Je dois emmener ce remède avec moi, sauver mon peuple. Mon fils grandit, il devient adulte.
Papa… Je reviens bientôt. »

«  Tu lui ressemble tant… A ce qu’elle était vraiment… »


Kuoko alla se blottir contre son père, qui eut le cœur brisé de devoir laisser partir sa fille perdue et craignait plus que tout qu’elle ne revienne jamais, comme sa mère avant elle. Mais Kuoko ne comptait pas disparaître de sa vie. Elle passa des heures à cueillir ces fleurs de la montagne, avant de s’en retourner vers Hopeland… Maintenant, elle connaissait le chemin et sentait la force de la jeunesse et de la santé guider ses pas. Tout au plus, elle serait à Hopeland en quatre jours de voyage. Les Fleurs Etoile, vivace, tiendraient bien jusque là.


(Cinq jours de rédac' youhou ! Je suis bien contente d'avoir fini ^^''')
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Ndege

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